Le billet de la chercheuse

12 ans après la dernière réforme, la carte de l’éducation prioritaire ne reflète plus la réalité du terrain et laisse de côté de nombreux établissements. 🏫

Entre besoins d’actualisation urgents et blocages politiques, ce pilier de la lutte contre les inégalités scolaires est-il devenu obsolète ?

Plongée dans les enjeux d’un dossier complexe qui attend encore sa refonte. 👇

Une réforme de la carte de l’éducation prioritaire à venir ?

En 1981, la France met en place la politique d’éducation prioritaire dont l’objectif premier est la réduction des inégalités scolaires. La politique d’éducation prioritaire est sujette à diverses réformes dont une majeure en 2014.

En 2014, une révision de la carte de l’éducation prioritaire est faite. Ainsi, pour chaque établissement un indice composite des difficultés sociales et scolaires est défini. Cet indice comporte 4 indicateurs : le taux d’élèves défavorisés, le taux de boursiers, le taux de retard à l’entrée en sixième et le taux d’élèves résidant dans ou à moins de 300 mètres d’un quartier prioritaire de la ville. C’est cet indice qui va permettre de classer un établissement scolaire en réseau d’éducation prioritaire (REP) ou en REP+. La politique d’éducation prioritaire ne concerne que les écoles élémentaires publiques et les collèges publics.

Depuis 2014, la carte de l’éducation prioritaire n’a pas été réformée. Ce qui signifie que même si les indicateurs ont évolué pour un établissement, il n’a pas pu entrer ou sortir de l’éducation prioritaire. 12 ans plus tard, la situation des établissements scolaires a changé, comme nous pouvons le constater sur l’infographie ci-dessous, réalisée par Le Monde avec les données de la Direction à l’évaluation, de la prospective et de la performance – DEPP, qui est le service statistique du ministère de l’éducation nationale.

Depuis 2014, la carte de l’éducation prioritaire n’a pas été réformée.

Certains établissements sont classés en REP voir en REP+ alors que leur indice de position sociale (IPS) est supérieur à la moyenne des IPS des collèges publics. C’est le cas pour 23 établissements.  Au contraire d’autres établissements ont un IPS inférieur à la moyenne mais ne sont pas classés en REP, d’après l’infographie c’est 120 collèges qui devraient être en REP ou en REP+ mais qui ne le sont pas.

L’ISP “ résume les conditions socio-économiques et culturelles des familles des élèves!ves accueillis dans l’établissement” – https://www.education.gouv.fr/depp/l-indice-de-position-sociale-ips-357755

image Le billet de la chercheuse Le Choix de l'école

Une actualisation, voire une réforme de la carte de l’éducation prioritaire semble alors plus que nécessaire afin que les réseaux d’éducation prioritaire correspondent plus à la réalité du terrain. Les acteurs de l’éducation plaident pour cette refonte de la politique de l’éducation prioritaire. La Cour des comptes a publié, le 6 mai 2025, un rapport dans lequel elle appelle à réformer sans délai la politique d’éducation prioritaire et à actualiser la carte.

Cependant, d’après Le Monde, Edouard Geffray a dans un discours du 9 décembre 2025 devant l’Assemblée nationale, affirmé ne pas avoir suffisamment de temps avant la prochaine élection présidentielle pour s’emparer du sujet de la refonte de l’éducation prioritaire. La carte de l’éducation prioritaire devrait donc rester inchangée au moins jusqu’à la prochaine élection présidentielle.

Édouard Geffray : « Je ne crois malheureusement pas avoir l’espace-temps politique suffisant entre deux périodes de réserve successives pour pouvoir engager la réforme de la carte. »

Cependant, le 1er avril dernier, un sénateur a déposé une proposition de loi visant à modifier les critères d’attribution de l’éducation prioritaire. Il propose un critère unique d’éligibilité à l’éducation prioritaire : les résultats aux évaluations nationales en 6ème. D’après un article d’AEF info, le sénateur reproche aux critères actuels (défini par la DEPP) un manque de base juridique ce qui rend le dispositif imperméable au contrôle parlementaire.

D’après cette proposition de loi, un collège ayant obtenu des résultats aux évaluations nationales de 6ème inférieurs au seuil défini sera en REP ainsi que toutes les écoles primaires qui sont dans son secteur de recrutement (c’est-à-dire les écoles primaires d’où viennent les élèves de ce collège). La proposition de loi prévoit une révision de la carte de l’éducation prioritaire tous les 4 ans.

Faire reposer les critères d’éligibilité à la politique d’éducation prioritaire sur les résultats scolaires des élèves soulève des questions. Des limites ont été identifiées par la Commission de la culture et de l’éducation du Sénat. En effet, les évaluations nationales sont réalisées au début de la 6ème, elles permettent donc de mesurer les acquis scolaires des élèves pendant les années d’école primaire, ce qui ferait dépendre le classement d’un collège en REP ou REP+ des résultats des écoles primaires de son secteur. D’autre part, les résultats scolaires des élèves peuvent fluctuer d’une année sur l’autre en fonction des difficultés des élèves qui varient selon les années et enfin d’après la commission les évaluations nationales ne mesurent qu’imparfaitement les compétences des élèves (uniquement en français et en mathématique par exemple). D’autres critiques, mises en avant dans un article du café pédagogique, peuvent être adressées à cette proposition de loi : en ne s’intéressant qu’aux résultats scolaires des élèves, cela ne permet pas de prendre en compte le poids des origines sociales dans la réussite scolaire. De plus, des écoles qui ont de bons résultats scolaires risqueraient de sortir de l’éducation prioritaire or c’est peut-être grâce aux moyens supplémentaires de l’éducation prioritaire (par exemple la réduction de la taille des classes) qu’elles ont obtenu de bons résultats scolaire, les faire sortir de l’éducation prioritaire pourraient alors faire baisser les résultats scolaires.

Le 27 mai 2026, le Sénat a adopté en première lecture cette proposition de loi mais en écartant la proposition d’un critère unique basé sur les résultats des élèves, elle ne modifie en rien les critères d’éligibilités aux politiques d’éducation prioritaire.

Cette proposition de loi semble avoir relancé le débat autour de la modification de la carte de l’éducation prioritaire, mais il faudra sans doute patienter encore un peu avant que les zones d’éducation prioritaire correspondent mieux à la réalité du terrain et que cette politique puisse jouer son rôle de réduction des inégalités scolaires.

Affaire à suivre !


Sources :

https://www.banquedesterritoires.fr/reforme-de-leducation-prioritaire-la-ppl-profondement-modifiee-au-senat, consulté le 2 juin 2026

https://www.aefinfo.fr/track/depeche/2E1CC24B-06B2-4936-A37D-85DFA8FBF349/2026-04-17/100/Q, consulté le 28 mai 2026

https://www.cafepedagogique.net/2026/05/20/proposition-de-loi-du-senat-une-vraie-fausse-bonne-idee-pour-leducation-prioritaire/?utm_campaign=Lexpresso_20-05-2026&utm_medium=email&utm_source=Expresso , consulté le 28 mai 2026

https://www.senat.fr/lessentiel/ppl25-506.pdf, consulté le 28 mai 2026

https://www.senat.fr/dossier-legislatif/ppl25-506.html, consulté le 2 juin 2026

https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/01/06/la-carte-de-l-education-prioritaire-restera-gelee-jusqu-en-2027-en-depit-de-situations-aberrantes_6660677_3224.html, consulté le 2 juin 2026

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